Spatial N°6 : Entre marécages hostiles, samouraïs et ombres gothiques !
Grâce au scanner cosmique de KRAVEN64, nous franchissons aujourd'hui le cap du sixième numéro de la revue Spatial. Publié par les Éditions Michel Deligne à la fin des années 70, ce numéro s'impose comme l'un des plus denses sur le plan graphique.
Pas d'affiches de cinéma au programme cette fois, mais un déferlement d'univers d'une liberté totale, oscillant entre noirceur gothique, humour spatial et dystopie urbaine.
Acte I : Une couverture de marécage et un sommaire d'outre-tombe
Dès l'ouverture, le ton est donné. La magnifique couverture signée Jean-François Charles plonge un couple de rescapés en plein cœur d’un marécage extraterrestre. Entre les racines noueuses, les tentacules à pointes qui jaillissent de l'eau et le pistolet laser dégainé en urgence, c'est de la pure science-fiction d'exploration, moite et dangereuse.
Le voyage se corse dès la page de sommaire, illustrée de main de maître par Crisse. Un étrange fossoyeur ou savant fou au visage grimaçant, coiffé d'un haut-de-forme et armé d'une pioche, nous présente la liste des auteurs devant un château perché sur une colline sous la pleine lune. Une transition parfaite vers le fantastique pur.
Acte II : Les visages de l'aventure, du sauvage au médiéval
Ce numéro 6 explore le thème des grands espaces et des destins singuliers à travers des planches d'une grande puissance visuelle :
Laïla, "Fille Sauvage" : Signée Crisse, cette histoire nous ramène aux âges farouches de la préhistoire. Cette héroïne blonde et fière, lance à la main face à des montagnes escarpées, s’inscrit dans la pure tradition des récits de nature sauvage qui pullulaient à l'époque.
L'Île des Maudits : Une superbe ouverture en noir et blanc très contrasté. Une jeune femme s'échoue sur une plage mystérieuse dominée par des monolithes rocheux avant d'être surprise par un guerrier à la hache. Le découpage et la gestion des ombres y sont d'une grande efficacité.
Hito le Banni : Changement radical d'atmosphère avec le travail virtuose de Marc Michetz (crédité Michetz 78). Ce dessin en pleine page d'un rônin, sabre au clair et bébé sur le dos sur fond de soleil levant, annonce la couleur. Le trait à l'encre est d'une précision chirurgicale, préfigurant le goût de l'auteur pour le Japon médiéval.
Il était une fois... : Un récit de Michel Elsdorf qui s'ouvre sur un château isolé en bord de mer. Son style de hachures croisées reconnaissable entre mille donne une texture presque gravée, très sombre et oppressante, à cette alerte au grand danger qui menace le Royaume.
Acte III : Humour spatial, cyberpunk et fin en apothéose
En feuilletant la seconde moitié du magazine, on découvre des facettes encore plus variées et surprenantes :
Star Joke : On retrouve Crisse dans un registre humoristique rafraîchissant avec la première apparition de Star Joke. Les designs de vaisseaux tout en rondeurs et le style "gros nez" très dynamique tranchent joyeusement avec le reste du magazine, prouvant que Spatial savait aussi ne pas se prendre au sérieux.
Yen : Sur un scénario de J.P. Quenez et des dessins d'Antonio Cossu, cette histoire plonge le lecteur dans une dystopie urbaine sombre et poisseuse. Entre caméras de surveillance, flics en armure et agressions dans des ruelles délabrées, on est en plein dans les prémices de la vague cyberpunk des années 80.
Ce numéro 6 est sans doute l'un des plus représentatifs de l'esprit Deligne. En laissant s'entrechoquer la préhistoire de Crisse, le Japon féodal de Michetz, l'humour de Star Joke et la SF corrosive de Solano Lopez (toujours fidèle au poste avec Slot-Barr), Spatial prouve qu'il n'était pas un magazine de genre de plus, mais un véritable laboratoire pour des artistes qui repoussaient les limites de la bande dessinée.
Un immense merci à KRAVEN64 pour ces scans d'une qualité rare
qui permettent de préserver ce patrimoine !








