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lundi 12 octobre 2026

Garry (Impéria) - 248 - 258 - 310 - 312 - 314 - 317 - 321 - 322 - 323

 


PATRIMOINE DE LA BANDE DESSINÉE POPULAIRE

GARRY

Le sergent de l’aventure militaire chez Impéria

 

Fiche d’identité

Titre

Garry, d’abord annoncé comme Sergent Garry

Création

Scénario de Robert Bagage, dessins de Félix Molinari

Première parution

20 février 1948, aux Éditions du Siècle, à Lyon

Éditeur

Éditions du Siècle, puis éditions Impéria à partir de juin 1951

Genre

Aventure militaire, guerre, aviation et espionnage

Présentation

Récit complet en grand format, puis format de poche à partir du n°190, mars 1964

Longévité

Publication poursuivie jusqu’au n°456, en 1986

Auteurs de couverture

Robert Bagage et Félix Molinari aux débuts, Rino Ferrari pour les n°190 à 247, puis Félix Molinari à partir du n°248

Cette fiche croise les dossiers patrimoniaux de la Bibliothèque municipale de Lyon et de la Cité internationale de la bande dessinée avec une étude spécialisée consacrée à Félix Molinari. [1] [2] [3] [4]

Une naissance dans le Lyon de l’après-guerre

Garry naît dans le foyer particulièrement actif de la bande dessinée lyonnaise de l’après-guerre. Robert Bagage, connu sous le pseudonyme de Robba, fonde les Éditions du Siècle en 1946. La maison est d’abord installée place Gailleton, puis au 8, rue de Brest, adresse qu’elle conservera. Après Tom’X, Radar et Targa, elle annonce le Sergent Garry pour le 20 février 1948. Robert Bagage en écrit le scénario et Félix Molinari en assure le dessin. [3]

En juin 1951, les Éditions du Siècle prennent le nom d’Impéria. Garry devient ainsi l’un des titres historiques d’une maison appelée à compter parmi les grands diffuseurs français du récit complet et du petit format. Le périodique traverse plusieurs décennies, ce qui en fait un remarquable témoin de l’évolution de la presse populaire destinée à la jeunesse. [1] [3]

Garry, un héros façonné pour l’action

La série repose sur un principe simple et très efficace. Garry est un militaire héroïque, disponible pour toutes les missions et placé au cœur de situations où le mouvement prime. Batailles terrestres, aviation, débarquements, jungle, sabotage, renseignement et sauvetages permettent de renouveler sans cesse le décor tout en maintenant une identité immédiatement reconnaissable.

Le personnage appartient à la grande tradition du héros populaire d’après-guerre. Il est moins défini par une psychologie intime que par des qualités d’action, de courage, de sang-froid et de fidélité. Cette construction rend les récits accessibles dès les premières pages et facilite la lecture autonome de chaque fascicule.

À lire aujourd’hui avec le regard de l’historien

Garry est aussi un document sur son époque. Certains récits et certaines images reprennent les simplifications, les stéréotypes nationaux et la vision héroïsée des conflits propres à une partie de la presse de guerre des années 1940 à 1970. Cette dimension ne doit pas être effacée. Elle invite au contraire à replacer la série dans son contexte éditorial et culturel, tout en distinguant sa valeur graphique de la représentation historique qu’elle propose.

Du récit complet au petit format

À l’origine, Garry paraît dans un format plus ample, caractéristique des récits complets de l’immédiat après-guerre. La transformation majeure intervient avec le n°190 de mars 1964. Le journal adopte alors le format de poche, devenu central dans les kiosques. Ce numéro contient Opération Typhon, un épisode de 60 pages dessiné par Félix Molinari. [4]

Le petit format favorise une lecture rapide, un prix abordable et une diffusion massive. Selon la Cité internationale de la bande dessinée, les fascicules Impéria sont vendus en kiosque et leurs couvertures, souvent réalisées à l’aérographe, jouent un rôle décisif pour attirer le lecteur. Les numéros reproduits dans cette fiche montrent aussi l’évolution matérielle de la collection. Les n°248 et 258 affichent un prix de 0,60 franc, tandis que les n°310 à 323 portent un prix de 2 francs et annoncent 150 pages. [2]

Félix Molinari et la force du dessin

Félix Molinari construit un dessin réaliste, direct et lisible. Son découpage privilégie les silhouettes immédiatement identifiables, les noirs solides, les attitudes tendues et les plans rapprochés. Cette économie graphique convient parfaitement à l’impression populaire en noir et blanc, mais elle permet aussi aux scènes de conserver une grande énergie.

À partir du n°190, les aventures sont progressivement confiées à une équipe de dessinateurs espagnols travaillant pour Impéria. Luis Ramos anime notamment le héros dans un style proche de celui de son créateur. Molinari continue cependant à livrer des épisodes et signe encore Vol d’essai, publié dans le n°281 d’octobre 1971, présenté par BDZoom comme son dernier récit de Garry en 30 pages. La revue poursuit ensuite largement sa route grâce à d’autres productions et à de nombreuses rééditions. [4]

Les couvertures, un art de l’impact immédiat

Impéria accorde une importance majeure à la présentation de ses journaux. Le titre doit être repéré de loin, la scène comprise en une seconde et la couleur provoquer l’arrêt devant le kiosque. La Cité internationale de la bande dessinée cite parmi les grands spécialistes de la maison Rino Ferrari, Juan Vilajoana et Félix Molinari. Pour Garry au format de poche, BDZoom attribue à Rino Ferrari les couvertures des n°190 à 247. À partir du n°248, Molinari reprend la série des couvertures. [2] [4]

Ce que montre la sélection reproduite

Les neuf couvertures fournies, du n°248 au n°323, montrent une remarquable continuité visuelle. Le logo Garry occupe le haut de la page comme une enseigne. Les rouges, orangés, verts et bleus sont francs. L’action est portée au premier plan par un soldat, une arme, un véhicule ou un visage. La jungle revient régulièrement, mais l’avion, le char, la jeep et le combat rapproché élargissent le registre.

Molinari ne cherche pas une image documentaire neutre. Il condense le danger en une seule seconde dramatique. Les perspectives sont souvent obliques, les corps coupés par le cadre et les expressions fortement accentuées. L’image promet une situation de crise avant même que le lecteur ait ouvert le fascicule.

 

Sélection: n°248, 258, 310, 312, 314, 317, 321, 322 et 323.

Une série emblématique d’Impéria

Garry occupe une place singulière dans le catalogue Impéria. Le titre précède le changement de nom de l’éditeur et accompagne ensuite presque toute son histoire. Il relie ainsi deux âges de la bande dessinée populaire: celui du grand récit complet de l’après-guerre et celui du pocket abondamment diffusé dans les années 1960, 1970 et 1980.

La longévité du périodique tient à une formule éditoriale robuste. Un héros stable, des missions variées, une lecture autonome, des couvertures spectaculaires et un prix populaire permettent au journal de fidéliser son lectorat. Au-delà de la nostalgie, Garry mérite donc d’être considéré comme un objet patrimonial. Il raconte une manière de produire, de vendre et de lire la bande dessinée qui a aujourd’hui presque disparu.

Pourquoi redécouvrir Garry ?

·      Pour l’énergie graphique de Félix Molinari et la maîtrise des couvertures de kiosque.

·      Pour suivre la transformation d’un récit complet en petit format populaire.

·      Pour comprendre le rôle majeur des éditeurs lyonnais dans la bande dessinée française d’après-guerre.

·      Pour observer, avec recul critique, l’imaginaire militaire et les représentations historiques de l’époque.

·      Pour préserver la mémoire d’une presse fragile, souvent lue, échangée puis jetée.

Sources

1.   Bibliothèque municipale de Lyon, Editions Imperia, exposition patrimoniale 77 ans d’éditions de BD. Présentation institutionnelle de l’éditeur, de ses origines, de Garry n°1 et du passage aux petits formats.

2.   Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, Robert Bagage et les éditions Imperia. Notice institutionnelle sur Robert Bagage, les formats, la diffusion en kiosque, les couvertures et les artistes de la maison.

3.   Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, Le grand roman de la bande dessinée lyonnaise. Étude patrimoniale qui date le lancement de Sergent Garry au 20 février 1948 et précise les rôles de Robert Bagage et Félix Molinari.

4.   BDZoom, Félix Molinari: efficacité et dynamisme !. Source spécialisée complémentaire pour le passage au format poche, les auteurs des couvertures et la chronologie tardive de la série.

Crédits visuels: couvertures de la collection personnelle fournie pour cette fiche. Les images sont reproduites à des fins documentaires et patrimoniales.


Garry 248...323

N’oubliez pas de remercier… 

Merci à Guymauve pour ce partage