BDMagExhumator
| Fiche documentaire de
patrimoine BD
|
SÉRIE |
ÉDITEUR |
GENRE |
BUCK JOHN, LE BAYARD DU FAR-WEST
Une grande longévité du petit
format western français, et un carrefour entre culture populaire américaine,
bande dessinée britannique, auteurs français et dessinateurs espagnols.
1. Présentation générale
Buck John est une revue au format poche publiée par Impéria. La série compte 613 numéros, du n°1 de septembre 1953 au n°613 de juin 1986, ainsi que 99 recueils selon Bédéthèque. Cette longévité en fait l'un des grands titres western du petit format français. [1]
Le contexte éditorial est celui de l'essor du petit format après-guerre. Les Éditions du Siècle, fondées à Lyon en 1946 par Robert Bagage, deviennent Impéria en 1951. La maison bâtit progressivement un catalogue très populaire vendu en kiosque, avec notamment Super Boy, Buck John, Kit Carson, Tex Tone, Battler Britton, Garry et Oliver. [2][3]
La série est avant tout un western. Son univers est celui du Far-West, avec shérifs, ranchs, diligences, bandits, poursuites, rivalités locales, fausses accusations et défense de la loi. Les couvertures fournies, des n°142 à 221, montrent bien cette permanence de l'action, du danger et de l'imaginaire de la frontière.
2. De Buck Jones à Buck John
Le nom de Buck John renvoie directement à Buck Jones, vedette américaine du western. Le Smithsonian rappelle que Buck Jones, né Charles Frederick Gebhart, fut vétéran de l'armée, véritable cow-boy, cascadeur puis acteur de cinéma. Son fan-club, les Buck Jones Rangers, aurait dépassé le million de membres. Il meurt en 1942 dans l'incendie du Cocoanut Grove à Boston. [4]
Le personnage connaît très tôt une vie en bande dessinée au Royaume-Uni. Des numéros de Film Fun d'août 1933 signalent déjà une bande Buck Jones. Les index britanniques et la Grand Comics Database montrent ensuite une forte présence de Buck Jones dans Cowboy Comics chez Amalgamated Press à partir de 1950. [5][6]
Cette filiation est importante : Buck John n'est pas seulement un héros français inventé de toutes pièces. La publication d'Impéria s'inscrit dans une circulation internationale de matériel western, que l'éditeur adapte, traduit puis complète lorsque les épisodes britanniques viennent à manquer.
3. Des auteurs et dessinateurs mieux identifiés
Les crédits britanniques
La Grand Comics Database permet d'identifier plusieurs artisans de la version britannique Buck Jones. Dans Cowboy Comics n°11, par exemple, l'histoire « Buck Jones and the Fighting Editor » est scénarisée par J. H. Higgins et dessinée par Reg Bunn. D'autres numéros attribuent des récits à J. Hunt, R. V. Pothecary, Percy Clarke, Geoff Campion, Hugh McNeill ou Adam Horne. [6][7][8]
Pour le collectionneur, ces crédits sont précieux. Ils montrent qu'une partie du matériel publié ensuite en Europe est le résultat du travail d'une équipe nombreuse, alors que les éditions françaises ne mettaient pas toujours les créateurs en avant.
André Rey et l'épuisement du matériel anglais
Dans les années 1960, le matériel anglais s'épuise. Robert Bagage confie alors la création de nouveaux épisodes de Buck John à plusieurs dessinateurs, parmi lesquels Claude Bordet, Yves Mondet, Bob Leguay et André Rey. Bédéthèque indique qu'André Rey a réalisé 17 Buck John pour Impéria. [9]
Le parcours d'André Rey est singulier. Résistant dans le maquis à vingt ans, autodidacte faute de formation artistique pendant la guerre, il passe par différentes publications lyonnaises avant ses années Impéria, de 1960 à 1966. [9]
Bob Leguay, le western comme passion
Bob Leguay accepte de travailler pour Impéria à une condition : ne dessiner que des westerns. Entre 1961 et 1968, il réalise 25 épisodes de Buck John, mais aussi des épisodes de Kit Carson, Tex Tone, Caribou et Jim Canada. [10]
L'anecdote la plus savoureuse concerne sa vie hors des planches. Installé à Saint-Bonnet-en-Champsaur, il tient un restaurant baptisé « Le Chariot », conçu comme un restaurant western avec spectacle. L'univers qu'il dessinait se prolongeait donc jusque dans son activité quotidienne. [10]
Carlos Giménez, avant Paracuellos
Autre surprise de la série : Carlos Giménez a travaillé sur Buck Jones en 1962 et 1963 pour le marché français, où le personnage devient Buck John chez Impéria. Cette collaboration précède les grandes oeuvres qui feront de Giménez une figure majeure de la bande dessinée espagnole. [11]
4. Ambiance et ligne éditoriale
Buck John repose sur une morale simple, immédiatement lisible et adaptée au rythme du petit format. Le héros protège les faibles, affronte les hors-la-loi et rétablit l'ordre. Les intrigues exploitent les grands motifs du western populaire : braquages, attaques de convois, vols de chevaux, ranchs menacés, fugitifs, escrocs, règlements de comptes et fausses accusations.
Le surnom « Le Bayard du Far-West » résume parfaitement cette ligne éditoriale. Buck John est présenté comme une figure chevaleresque transposée dans l'Ouest américain, courageuse, loyale et attachée à une justice sans ambiguïté.
Impéria accorde aussi une importance capitale à la couverture. La Cité internationale de la bande dessinée rappelle que les couvertures de l'éditeur, souvent réalisées à l'aérographe, étaient conçues pour attirer immédiatement le regard en kiosque. Elle cite notamment Rino Ferrari, Juan Vilajoana et Félix Molinari parmi les virtuoses de cet art. [3]
Dans le paysage éditorial français, Buck John se situe donc au coeur de la grande vague des petits formats d'aventure des années 1950 aux années 1980, avec une lecture rapide, économique et spectaculaire. La Cité de la BD souligne que le succès de Super Boy pousse Impéria à lancer plusieurs titres sur le même modèle, dont Buck John. [2]
5. Anecdotes et informations à retenir
|
• Le modèle réel de Buck John, l'acteur Buck Jones,
possédait un fan-club évalué à plus d'un million de membres. • Buck Jones est déjà présent en bande dessinée
britannique dans Film Fun en 1933. • Les index de Cowboy Comics permettent d'identifier
plusieurs scénaristes et dessinateurs longtemps invisibles pour les lecteurs
français. • Quand le matériel anglais devient insuffisant,
Impéria fait produire de nouveaux épisodes par des dessinateurs français. • André Rey réalise 17 épisodes de Buck John. • Bob Leguay en réalise 25 et n'accepte de travailler
pour Impéria qu'à condition de dessiner des westerns. • Bob Leguay exploite ensuite un restaurant western
nommé Le Chariot. • Carlos Giménez dessine Buck Jones en 1962 et 1963
avant de devenir l'un des grands auteurs espagnols. |
6. Galerie de couvertures
|
BUCK
JOHN |
BUCK
JOHN |
|
BUCK
JOHN |
BUCK
JOHN |
|
BUCK
JOHN |
BUCK
JOHN |
7. Sources consultées
[1] Bédéthèque, Buck John (Impéria), notice
de série et bibliographie, 613 numéros de septembre 1953 à juin 1986, 99
recueils. Lien
[2] Cité internationale de la bande
dessinée et de l'image, « Petit format », historique du format et place
d'Impéria. Lien
[3] Cité internationale de la bande
dessinée et de l'image, « Robert Bagage et les éditions Imperia », contexte
éditorial, méthodes de Robert Bagage et illustrateurs de couvertures. Lien
[4] Smithsonian, National Museum of
American History, notice « Buck Jones » et Buck Jones Rangers' Club of America.
Lien
[5] MyComicShop, Film Fun, numéro du 26
août 1933, présence d'une bande Buck Jones. Lien
[6] Grand Comics Database, Cowboy Comics
n°11, crédits de J. H. Higgins et Reg Bunn. Lien
[7] Grand Comics Database, Cowboy Comics
n°3, crédits de J. Hunt, Reg Bunn, Geoff Campion, Hugh McNeill et Percy Clarke.
Lien
[8] Grand Comics Database, Cowboy Comics
n°5 et n°7, crédits de R. V. Pothecary, Reg Bunn et Adam Horne. Lien
[9] Bédéthèque, notice biographique d'André
Rey, 17 Buck John réalisés pour Impéria. Lien
[10] BDZoom, « Bob Leguay, deuxième et
dernière partie », 25 épisodes de Buck John et anecdote du restaurant Le
Chariot. Lien
[11] Bédéthèque, notice biographique de
Carlos Giménez, travail sur Buck Jones en 1962 et 1963 pour le marché français.
Lien
N’oubliez pas de remercier…
MERCI !
RépondreSupprimerMerci à Zapman ... et à Lulu....!
RépondreSupprimerMerci Zapman et Lulujojo
RépondreSupprimerMerci Zapman et Lulu.
RépondreSupprimerUn grand merci à Zapman et Lulujojo pour ce partage
RépondreSupprimermerci Zapman et lulujojo
RépondreSupprimerMerci, messieurs !
RépondreSupprimer