la révolte d’un être né d’une graine
En 1975, au cœur de la tentative audacieuse d’Atlas Comics de rivaliser avec les géants Marvel et DC, surgit Morlock 2001, une série courte mais marquante, étrange hybride de science-fiction dystopique et d’horreur biologique. Trois numéros seulement, mais suffisamment pour laisser une empreinte singulière dans le paysage des comics des années 70.
Dans un futur oppressif où la pensée libre est un crime, un scientifique rebelle mène en secret une expérience interdite : faire pousser un être humain à partir d’une plante. Quand le régime découvre son défi aux lois établies, il est éliminé,
mais l’une de ses gousses s’ouvre… et Morlock naît. Humanoïde à l’esprit encore neuf, il possède la faculté terrifiante de se transformer en créature végétale, capable de dissoudre ou d’engloutir ceux qu’il touche. Rapidement récupéré par les autorités, Morlock devient l’instrument parfait pour éliminer les « subversifs » : poètes, penseurs, rêveurs et autres menaces pour l’ordre totalitaire.
Mais un outil finit parfois par s’émousser — ou se réveiller. Confronté à la brutalité du régime qu’il sert malgré lui, Morlock prend conscience de l’inhumanité qui l’entoure… et se retourne contre ses maîtres. Dès lors, il n’est plus qu’un fugitif traqué, partagé entre sa nature monstrueuse et un désir fragile d’humanité.
Les deux premiers numéros, dessinés par Al Milgrom, installent ce mélange d’anticipation paranoïaque et d’horreur organique propre à l’époque. Le troisième, signé Steve Ditko et Bernie Wrightson, dévie vers un ton plus pulp en introduisant un nouveau personnage, le Midnight Man, ajoutant une ultime note étrange à cette série déjà atypique.
Comme beaucoup de titres Atlas, Morlock 2001 fut une météorite : passage bref, disparition rapide, mais éclat singulier. Une curiosité délicieusement 70’s, aussi fascinante que déroutante, qui vaut autant pour son concept audacieux que pour l’équipe artistique qui lui a donné vie.
Dans Morlock 2001 (Atlas, 1975), le mot Morlock n’est évidemment pas neutre : il traîne derrière lui l’ombre de H. G. Wells et de La Machine à remonter le temps. Chez Wells, les Morlocks sont déjà le symptôme d’une humanité qui a mal tourné. Le comics reprend l’idée, version seventies : futur pourri, corps déformés, violence à l’état brut.
Mais l’inspiration ne s’arrête pas là. Difficile, en effet, de ne pas voir dans cette histoire une filiation directe — voire une véritable captation d’idées — avec L’Invasion des profanateurs de sépultures (Invasion of the Body Snatchers, 1956).
Gousses végétales, duplications organiques, perte progressive de l’humanité, climat de suspicion permanente : tout y est. Comme dans le film de Don Siegel, l’horreur ne vient pas d’une invasion spectaculaire, mais d’une contamination silencieuse, insidieuse, qui transforme les corps et broie les individus au nom d’un ordre prétendument rationnel.
Et puis il y a le visuel, avec un troublant air de famille avec le monstre d’Octaman (1971) : humanoïde, tentacules, chair plissée, regard pas franchement sympathique. Copie ? hommage ? hasard ?
Une série qui méritait d’être lue en français mais que LUG a laissée filer à l’époque. Trop bizarre, trop sombre, trop végétale sans doute. Reste un petit ovni des seventies, oublié des kiosques français, mais toujours prêt à sortir de terre pour les curieux.
Voici le T1



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